Colin Niel

Les hamacs de carton



La Guyane française est un département à part. Sans doute l'un des plus pauvres, l'un des plus en retard si l'on parle de développement économique, de chômage, d'éducation. La distance entre « métro », métropolitain, et colon à l'ancienne est ici encore faible ; la loi a bien du mal à s'imposer, alors que les frontières sont poreuses et que les forces de l'ordre ont des difficultés à couvrir le territoire. Parmi ces dernières, le capitaine Anato est le premier officier de gendarmerie d'origine guyanaise à venir exercer au « pays ».

« Anato ressassait ses souvenirs d'enfance, les quelques vacances assées sur le fleuve. Il chercha une explication à la sensation de malaise qu'il ressentait depuis son arrivée à Wetisoula, sensation passée inaperçue de tous. Il se sentait proche, mais en même temps si éloigné de ces habitants. Malgré sa couleur de peau, aucun des villageois n'avait compris qu'il était lui aussi originaire du fleuve Maroni. Tous l'avaient pris pour un créole du littoral. »

Le capitaine Anato a des problèmes à régler avec son histoire. Guyanais, et même Ndjuka, un des peuples noirs-marrons, il ne connaît rien de la culture de ses parents, ayant grandi en métropole. C'est un homme de dossiers, il a du mal à communiquer avec l'équipe d'enquêteurs sous ses ordres. Une enquête plongeant dans les méandres du Maroni et les ambigüités des communautés frontalières le met face à ses contradictions.

« - Le problème, c'est qu'avant, les Noirs-Marrons avaient leurs traditions, leur propre droit, le droit coutumier, qui englobait à peu près tout : l'organisation politique, les mariages et, bien sûr, la gestion des terrains. En cherchant à appliquer sur le fleuve la législation française, on vient superposer un système pas vraiment adapté. Pour la France, le Maroni représente une frontière entre deux pays alors que pour eux, il s'agit d'un seul territoire, avec sa partie aluku, sa partie ndjuka et sa partie paramaka. »

« - Le capitaine... Anato, c'est ça ?
- C'est ça.
- Vous avez des problèmes avec lui ? Il m'a plutôt fait une bonne impression.
- Je ne sais pas trop quoi penser de lui. On a toujours du mal à deviner ce qu'il a dans la tête. Souvent, il prend des décisions sans qu'on comprenne pourquoi. Mais c'est un futé. Il m'impressionne pas mal, en fait. »

Tatou : c'est le lieutenant Vacaresse. Un peu enveloppé, lent, vivant un petit enfer domestique bourgeois ; mais appliqué et suivant la piste jusqu'au bout.

Colibri : le lieutenant Gurbal. Un papillonneur, incapable de suivre un dossier longtemps. Et pourtant, efficace à sa manière.

couverture livre

Surinamiens, Brésiliens, originaires de Guyana... Bien nombreux sont ceux qui n'ont pas de papiers, habitants du fleuve plutôt que citoyens de la République. Obtenir des certificats de naissance, des pièces valides, est un enfer administratif. Quoi d'étonnant que des trafics naissent.

Le capitaine Anato apprivoise - mais pas sans conflits - ses origines. Il y aura d'autres enquêtes...

Les enquêtes du capitaine Anato