Billet d'humeur



Février 2014

Relire...

Que relit-on, quand et pourquoi ? La relecture est le signe d'une intimité entre lecteur et livre. Certains ouvrages ne seront jamais rouverts, voire seront oubliés au bout d'une semaine : ce sont ceux qu'un déménagement pourrait faire disparaître, tout simplement pour gagner de la place sur les étagères pour les autres, ceux qui n'ont pas forcément été relus, mais qui nous ont suffisamment marqués pour que nous les gardions sous la main.

Oui, c'est cela, la relecture : plus un appel qu'un souvenir. Le livre sera un jour repris de bout en bout, ou seulement feuilleté ; cela peut arriver dans quelques mois, dans un an, dans dix ans ; mais cela arrivera.


Octobre 2005

"Le successeur de Chandler", "le Chandler de la côte Est" : en général, on trouve un vague style humoristique sans tenue.

"Epoustoufflant", signé Ellroy. "Un grand moment", "un grand frisson", signé Connelly. Toutes pseudo-citations commerciales de gens qui, si ça se trouve, n'ont même pas lu le bouquin.

Ne parlons pas des remerciements interminables "à ma femme, à mes amis", et surtout "à mon agent" qui "a su rendre lisible ce qui ne l'était pas" : hypocrite aveu de rewriting, de formatage comme les Américains savent le faire ! On en tire des romans efficaces, certes, mais lassants à force de clichés.

Fatigue des polars formatés ? Oui. Et encore plus du commerce qui se fait sur leur dos. Heureusement, il reste les gens du Sud...


Août 2004

La mode est aux serial killers. Et à la surenchère dans l'atrocité des meurtres. Des cohortes d'auteurs inspirés par Ellroy massacrent à tour de bras. En général des femmes (jolies) ou, pour en rajouter un peu plus dans l'horreur, des gosses. Ainsi travaillent Chattam, Tabachnick, Peace...

A force, c'est lassant. Surtout que le talent n'y est pas toujours. Il manque ce je ne sais quoi d'âme dans leurs personnages qui les rende moins stéréotypés. Et une histoire correcte, pas le "rewriting" d'un fait divers.


Octobre 2003

Un rebond sur le billet d'humeur du mois dernier. Chez le même éditeur, le même mois, j'ai trouvé deux livres pourris de fautes de grammaire et de contresens (traduits de l'espagnol par deux personnes différentes), et deux autres, traduits de l'italien, sans erreurs majeures (trois ou quatre coquilles, c'est malheureux mais apparemment inévitable). Alors : qui s'est occupé de l'édition de ces livres ? Qui les a relus ? Ou plutôt : qui a comprimé les délais commerciaux au point d'empêcher la correction de fautes qui sautent aux yeux ?


Septembre 2003

Editeurs, payez-vous des correcteurs ! C'est horripilant, à la fin ! Passe pour les coquilles simples : une ou deux par livre sont - hélas - rarement évitables. Mais la ponctuation défectueuse ou absente (Folio éditant Izzo) ! Les coquilles en nombre astronomique (certains livres du Masque) ! Les erreurs de grammaire, de conjugaison (chez Métailié, parfois) ! Rien qu'une relecture humaine ne puisse corriger. Où sont les correctrices, les vieux linotypistes qu'a connus Cavanna ?


Juillet 2003

Un travers typiquement américain... Des auteurs comme Robert Crais ou George P. Pelecanos font de bonnes histoires, classiques quant à l'intrigue. On sent le métier : le lecteur est tenu en haleine jusqu'à la fin. Mais ces bouquins ont un défaut énorme dans les cent premières pages : le détective tient absolument à nous faire savoir que sa crème à raser est de marque "truc", son sandwich fabriqué par la firme "machin", et qu'il n'utilise que des rouleaux de PQ "chose" ! Ils se font sponsoriser leurs premières publications par des contrats publicitaires, ou quoi ?


Juin 2003

Premier billet d'humeur : ne vous attendez pas forcément à des réflexions sur le polar... Non : il sera question pour cette fois du langage de nos chers gouvernants, et en particulier de l'inversion sémantique mise en oeuvre depuis une dizaine d'années. Exemples :

--- Les syndicats, les citoyens disent non à une loi allant contre leurs acquis sociaux ? Ils sont immédiatement traités de sales ‹‹ conservateurs ››, de ‹‹ privilégiés ››...

--- Les entreprises multinationales, par organisations et gouvernements interposés (OMC, Commission Européenne, FMI, Banque Mondiale...) cherchent à imposer la libéralisation des services publics, dans le seul but de faire du fric en vendant ce qui devrait être le bien commun de l'humanité (éducation, eau...). Ne parlons pas du devenir de ceux qui ne pourront pas payer... Et ceci nous est présenté comme un ‹‹ progrès ›› incontournable, comme plus de ‹‹ liberté ›› !

Soyons clair : le Progrès (avec majuscule), la Liberté, l'Egalité... sont des notions principalement issues de la Révolution Française et de la réflexion des Lumières. L'idée qui les sous-tend est celle du bonheur pour tous et chacun, sans exploitation de l'homme par son semblable. La mise en pratique de ces idéaux a structuré tous les conflits sociaux des deux derniers siècles, et constitue la clef de voûte de la contruction de nos sociétés démocratiques. Se faire traiter, aujourd'hui, de ‹‹ rétrograde ›› parce qu'on n'a pas jeté aux orties l'idée de progrès social est inacceptable. Alors :

A MORT LES COMMUNICANTS !