Dan Simmons

Joe Kurtz



Joe Kurtz est un dur. Il a mis fin à sa licence de détective privé en massacrant les assassins de sa coéquipière. Douze ans de cabane ont suivi. Sa sortir d'Attica est un feu d'artifice culinaire : mafieux aux pruneaux, flics ripoux en fusillade, barbecue de tueur en série... C'est à se demander si Kurtz veut vraiment survivre. Pourtant, malgré son mutisme, sa tendance à disparaître, et son goût prononcé pour les sqats introuvables dans les friches industrielles de Buffalo, il a quelques amis.

« Dans le temps, on lui aurait ouvert la petite porte de devant pour le laisser sortir vêtu d'un costume neuf à bon marché, avec ses affaires sous le bras dans un sac en carton. Aujourd'hui, ils lui avaient donné un sachet en plastique avec ses affaires, et il portait un pantalon kaki, une chemise bleue à col boutonné et un anorak Eddie Bauer. Ils lui avaient octroyé aussi un billet d'autobus pour la ville voisine de Batavia. »

Il y avait un Ted, à présent, dans Orchard Park, et un autre à Cheektowaga, mais Kurtz descendit en ville dans Porter Street, où se trouvait l'ancien Hot Dog Ted, à proximité du pont de Pearce. Il commanda trois jumbos avec la totale, y compris la sauce piquante, avec un suplément de rondelles d'oignons, et un café. [...]
Il n'y avait pas grand chose qui manquant à Attica, à part un Hot Dog Ted. Il se souvenait des nuits d'hiver de Buffalo, avant que le Ted de Sheridan Avenue ait installé une salle à l'intérieur : minuit, vingt degrés au-dessous de zéro, un mètre de neige et trente personnes en train de faire la queue sur le trottoir pour avoir un hot dog.

couverture livre

Bibliographie

  • Vengeance (2001) : Folio Policier 301.
  • Revanche (2002) : Folio Policier 371.
  • Une balle dans la tête (2004) : Folio Policier 433.

« La gare centrale de Buffalo avait été, en son tems, une structure fière et imposante. Aujourd'hui, après avoir été délaissée pendant une dizaine d'années, elle était dans un triste état. L'énorme édifice était dominé par une tour de vingt étages bâtie sur le modèle des inquiétants gratte-ciel de Fritz Lang dans Métropolis. À hauteur du douzième, sur chaque face de la tour, il y avait un cadran d'horloge géant dont les aiguilles s'étaient arrêtées à des heures différentes. »

Buffalo est une ruine industrielle balayée par la neige. Un vrai attrape-touriste. Si l'un de ceux-ci survit, il peut quand même visiter le seul point intéressant du secteur : les chutes du Niagara. Mais il ne les visitera pas avec le même regard s'il sait que Kurtz y a lâché un dealer par une nuit d'hiver.

- L'effet du lac ? C'est quoi, ça ?
Comme tous les vrais habitants de Buffalo, Arlene et Angelina étaient toujours heureuses d'expliquer ce phénomène météorologique selon lequel les masses d'air froid venues de l'Arctique balayaient le lac Érié, produisant d'énormes quantités de neige qui se déposaient dans la région de Buffalo, particulièrement sur la "ceinture de neige" qui longeait le lac au sud de la ville.

« Aujourd'hui, Chippewa Street éait le seul endroit où il se passait quelque chose dans l'agglomération décadente qu'on appelait le Grand Buffalo. Pour quelqu'un qui n'aurait jamais quitté la partie animée de cette rue, la ville de Buffalo aurait pu passer pour une entité viable. La portion intéressante, limitée par Elmwood Street et par Main Street, ne comprenait que trois pâtés d'immeubles où l'on avait l'impression que battait un cœur. Lumières, bars à vin, boîtes de nuit et limousines étincelantes rangées le long du trottoir voisinaient avec quelques restaurants à la mode. Il y avait foule à 18 heures. Il y avait foule aussi à 2 heures du matin, lorsque les boîtes commençaient à fermer. Et il y avait maintenant un Starbucks. Kurtz savait que les gens du quartier étaient particulièrement fiers de leur Starbucks. »