Ace Atkins

Tampa Confidential



« É,tant moi-même enclin à fréquenter les cafés, je sais que la conversation revient toujours sur Charlie Wall, sur le patron de la pègre qu'était Santo Trafficante et sur les meurtres qui ont ponctué l'Ère du Sang, comme nous en étions venus à désigner cette période. Les descentes au fusil de chasse dans les ruelles, les restaurants et les rues bordées de palmiers. Tu y étais ? Sans rire ?
Ces morts ont pour nom Joe Antinori, Jojo Cacciatore, Joe Diaz - dit "Pelusa" -, Johnny Rivera - dit "Scarface". Les lieux, Centro Asturiano, Big Orange Drive-In, Sapphire Room, Silver Coach Dinner. »

Floride, 1955 : la plupart des hommes ont fait la guerre. La télévision est regardée religieusement, symbole du progrès, et les grosses voitures ont des pneus à flancs blancs. À la Havane, un certain Fidel Castro est enfermé, puisque ce petit révolutionnaire à la manque a échoué à prendre d'assaut la Moncada. Batista, maître de l'île, va sans doute le libérer pour ne pas en faire un martyr...

Pourquoi s'intéresser à Cuba alors qu'on est à Tampa, côte ouest de la Floride ? Parce que bien des Cubains travaillent ici, dans de petits boulots, vivant entre eux dans des quartiers souvent misérables. Et parce qu'ici s'est installée l'immigration sicilienne, de laquelle sont sortis les grands mafieux comme Santo Trafficante. Et qui parle de la mafia parle du jeu, des casinos, et donc de la Havane.

« Ybor, c'étaient des femmes à la peau mate, aux yeux verts et au cul généreux moulé dans des robes à fleurs qui tanguaient sur les trottoirs, le long des bijouteries et des éventaires de fleuristes ou de tabac de Broadway. C'étaient des hommes en canotier, des enfants aux glaces dégoulinantes, des putes planquées dans les ruelles qui raillaient l'îlotier déambulant sur la grand-rue un cigare entre ses gros doigts.
C'était ça, ce quartier : une symphonie de cha-cha-cha, de pécheresses, de gamins au regard brillant qui vous ciraient vos godasses pour dix cents. Les lumières, la nuit, les odeurs de café torréfié autour du Naviera Mills, de haricots noirs devant Las Navedades. presque un rêve, aux yeux de Dodge. »

« Aucune arme du crime, aucun témoin, et personne ne dira jamais rien, arce qu'ils ont la mainmise sur cette ville de merde. Elle est pourrie jusqu'à l'os, Turner. On ne rentre pas là-dedans en tirant dans tous les coins pour éliminer les méchants. On fait son boulot, on est payé, on mène ses petites batailles. Mais on ne gagne jamais. »

Charlie Wall est mort. Charlie, l'ex-patron de la ville, celui qui possédait tous les bistrots du temps de la prohibition, celui qui a importé la bolita de Cuba, la loterie clandestine... Qui a dû tuer un vieux bonhomme de quatre-vingts ans passés ? Ses anciens amis cubains ? Les vieux mafieux siciliens ?