Elmore Leonard

La Brava



Les personnages d'Elmore Leonard sont toujours quelque peu marginaux. Souvent hors-la-loi. Ici, peut-ĂȘtre parce qu'il s'agit d'un de ses premiers livres, le héros est encore dans le droit chemin : photographe, mais quand même ancien des services secrets. Quant au lieu, comme tous les autres polars de Leonard, il s'agit de la Floride citadine, Miami et ses alentours.

« Le petit Maurice Zola, né en Floride à l'époque où il n'y avait que des routes en terre battue et la voie ferrée de la côte Est, petit homme pimpant contemplant l'autoroute illuminée, avec ses panneaux verts géants vous indiquant tous les quelques kilomètres où vous vous trouvez - et ne se sentant pas trop impressionné. Il avait vu les marécages devenir des villes; on avait bâti un pont menant à une mangrove de l'Atlantique et Miami Beach était née. Les changements ne constituaient plus un événement pour lui. »

South Miami Beach en 1983 n'est plus le coin tranquille, refuge des vieux Juifs parlant Yiddish. On y rencontre de plus en plus de clochards, de Cubains et de Haïtiens, et les rixes, la drogue ont tout envahi. Mais les vieux immeubles art déco, les couleurs, la mer, eux, ont gardé leur beauté.

Miami Beach est un curieux mélange d'architecture art déco et d'immeubles de front de mer sans âme; de citadins typiquement US et de rednecks des marais; de tous les immigrés des Caraïbes, avec tous les degrés d'honnêteté.

On trouve aussi une ancienne actrice énigmatique, jouant trop ses anciens rôles de femme fatale pour être honnête; un ami de La Brava, vieil excentrique fidèle et riche; un bouseux taillé comme un hercule qui se croit plus fort que tout le monde et se fait manipuler comme un gosse; enfin, un Cubain exilé, danseurs dans les bars à strip-tease, beaucoup plus dangereux qu'il n'y paraît.

« La morgue du comté de Dade, située au Jackson Memorial Hospital, était surchargée depuis que cent mille Cubains avaient trouvé refuge à Miami et que certains d'entre eux avaient commencé à s'entretuer. Aussi le médecin légiste avait-il loué le semi-remorque réfrigéré pour caser l'excédent. Les mots Burger King qui s'étaient étalés un temps sur ses flancs avaient finalement été recouverts de peinture. »

Le photographe a un avantage sur le flic : il a plus d'indics, par simple conversation avec les gens à qui il tire le portrait. Joe La Brava en profite. Son ancien métier lui a aussi appris à observer. Et ce qu'il voit lui paraît bizarre, trop cinématographique.