Louis-Ferdinand Despreez

La mémoire courte



« Depuis qu'il a suivi un cours de profiler à Quantico avec le FBI, il ne porte plus d'uniforme, il ne patrouille plus sur les autoroutes et il ne chasse plus qu'au gros... Il s'habille en civil dans des costumes de confection à trois cents rands décrochés dans un bazar indien de Marabastadt, un luxe indécent pour ainsi dire vu son salaire, mas Zondi est un coquet [...]. A quarante ans, il en paraît vingt-cinq et sa bizarre incisive en or clinquant accentue toujours son air de tombeur carnassier lorsque, sur la scène d'un crime, il s'adresse aux victimes ou aux témoins d'un air rassurant. "Calmez-vous, je suis là, une fois pour toutes..." C'est sa formule. Personne ne sait vraiment pourquoi il dit ça, perce que ça ne veut rien dire, mais l'effet sédatif est instantané. Tout le monde la ferme, même les Blancs qui auraient finalement préféré voir débarquer un officier blanc. »

Zondi, l'enfant de Soweto, est devenu un as de l'interrogatoire à la brigade criminelle de Pretoria. Il en a besoin, puisque l'époque des flics musclés est révolue : l'Apartheid est mort, pas question d'employer ses méthodes ! Pourtant, dans cette enquête sur des cadavres d'athlètes au visage arraché, déposés tout propres tous les mercredis matins, Zondi se prend à regretter le "bon vieux temps" afrikaneer : il en a, du monde à faire parler...

Rainbow Nation : la nation arc-en-ciel. Ce nom porteur d'espoir a été choisi pour désigner le peuple de la nouvelle Afrique du Sud. Mais il est aussi significatif des disparités sociales plaquées sur la palette des couleurs de peau : misère et ignorance côtoient toujours une richesse arrogante, et si les propos racistes se sont tus, ils sont parfois toujours pensés.

« Pendant le reste de la semaine, le capitaine vaqua à ses occupations routinières, un hijacking toutes les six heures, un meurtre violent toutes les douze heures et quelques viols ou violences conjugales entre les deux. »

Quartiers

  • Ritondale : quartier de petits Blancs peu évolués.
  • Atteridgeville : township où Zondi a sa concession, avec le bidonville de Brazzaville en lisière.

Croyances et religions

Les églises sont multiples en Afrique du Sud, terre d'évangélisation des sectes protestantes comme tout le continent. Cependant les vieilles croyances n'ont pas dit leur dernier mot. Bien des citoyens se font avoir par des devins d'opérette qui leur prédisent un gain au loto... Le pire étant les sorciers, les sangoma, dont certains pratiquent encore le sacrifice humain pour assurer un retour de raideur à de vieux libidineux.

Temple de l'église protestante de Zondi

« Zondi était arrivé à destination dans une rue populaire où il n'y avait que des maisons-boîtes d'allumettes. Il s'arrêta devant une modeste petite construction de briques rouges non crépie et couverte d'un toit en tôle ondulée maintenue en place par de grosses pierres et de vieux pneus. Devant la grille en fer bricolée avec des vilebrequins usagés de voitures et des calandres rouillées de Mercedes, une longue hampe de bambou portait un petit fanion vert crasseux et délavé. Du fond de la cour, montait une musique lancinante, quelque chose entre un gospel douloureux et des incantations vaudou... »

ANC, pouvoir et anciens soldats

L'African National Congress a pris le pouvoir et l'a gardé, avec les présidents Mandela et Thabo Mbeki. L'Apartheid a pris fin plus par effondrement interne que par guerre civile; et les anciens soldats de la branche armée de l'ANC, formés en URSS, exilés en Angola ou en Namibie, sont rentrés sans avoir eu à combattre : tout le monde les a oubliés, voire les traite de planqués. La réinsertion de ces humiliés n'est pas évidente, il suffit de voir le cas de "P'tit" Mpayiphéli ! Vigiles ou candidats mercenaires dans des états africains moins civils, leur avenir n'est pas rose.

En dix ans, Noirs et Blancs ont construit un nouveau pays, une nouvelle économie, ont enterré les haines les plus visibles. Le langage s'est épuré. Les trafics, nombreux au moment du changement de régime, se sont normalisés, et ceux qui y ont participé ont oublié. Du moins c'est ce qu'ils disent au capitaine Zondi. Au début...