Daniel Pennac

Benjamin Malaussène



Nom : Malaussène.
Prénom : Benjamin.
Situation familiale : frère de famille.
Profession : bouc (émissaire, s'entend).
Domicile : rue de la Folie-Régnault, Belleville, Paris XIe.

Dans une ancienne quincaillerie à deux pas du Père-Lachaise, , rue de la Folie-Régnault, vit une drôle de famille. La mère est soit en voyage de noces avec son amour du moment, soit enceinte. Le grand frère essaie de nourrir et d'éduquer (lourde tâche !) une véritable smala incontrôlable, remuante et attachante : la Tribu Malaussène.

Comme si le boulot de chef de famille ne suffisait pas, Benjamin Malaussène a un don : celui d'attirer tous les ennuis possibles et imaginables. Il en a d'ailleurs fait son boulot, encaissant les reproches des clients à la place de ses patrons. Mais la malédiction le poursuit chez lui, où convergent tous les regards policiers sitôt qu'un quidam se fait trucider dans Paris.

La tribu Malaussène

La famille : outre maman Malaussène la perpétuelle amoureuse, on trouve Louna l'infirmière, Clara la photographe, Thérèse l'astrologue, Jérémy le fabricant de bombes, Le Petit et ses cauchemars... Et Julius le chien épileptique ! Viendront plus tard les bébé nommés par Jérémy : Verdun, C'Est-Un-Ange...

Les amis : seconde famille de Benjamin, Amar et Yasmina tiennent le couscous du coin. Hadouch leur fils et ses lieutenants, Mo le Mossi et Simon le Kabyle, sont les rois du bonneteau bellevillois. Côté boulot : Théo et ses autoportraits au photomaton, Lousa de Casamance, la Reine Zabo (patronne de Benjamin).

Les flics : à apparaître à proximité de tous les massacres défrayant l'actualité, on retient forcément l'attention des flics. Les expéditifs, pour bouvler rapidement leur enquête. Les autres, par curiosité anthropologique, puis par amitié. C'est le cas de l'équipe du commissaire Coudrier : Pastor le petit prodige de l'interrogatoire, Carrega et son blouson d'aviateur, Van Thian l'anamite à la voix de Gabin.

« Cannelle et menthe verte, Mo le Mossi et Simon le Kabyle font la paire la plus efficace de la Roquette aux Buttes Chaumont en matière de loteries clandestines. Ce sont les lieutenants de mon pote Hadouch, fils d'Amar, et condisciple à moi au lycée Voltaire. (A ma connaissance, le seul khâgneux à avoir choisi la section bonneteau.) »

Une série d'attentats dans un grand magasin ou des petites vieilles égorgées par des drogués; vous cherchez un coupable ? Vous avez trouvé : Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel.

Mais soyez conscient des dangers auxquels vous vous exposez : toute une tribu, soudée, avec plein d'amis dans tout Belleville, va vous tomber dessus !

« Quand je me balade dans Belleville, quelle que soit l'heure de la journée, j'ai toujours le sentiment de m'être égaré dans un des albums de Clara. Elle l'a photographié sous tous les angles, ce foutu quartier. Des vieilles façades aux jeunes dealers en passant par les montagnes de dattes et de poivrons, elle a tout capturé. C'est comme si je me promenais déjà en pleine nostalgie. »

Le Belleville Malaussènien est plein de chicots. Les huissiers vident les immeubles de leurs occupants. S'ils n'y arrivent pas, viennent les incendiaires, les traficants de drogue assassins de vieux, à la solde des architectes. Peu à peu, des immeubles laids remplacent les taudis peu chers mais pleins de l'âme des peuples bellevillois.

« La voix lamentable d'un muezzin s'élève dans le crépuscule bellevillois. Je sais ce qui lui tient lieu de minaret. C'est une petite fenêtre carrée, une aération de chiottes ou une lucarne de palier, entre le troisième et le quatrième étage d'une façade décrépite. Je me laisse porter par les jérémiades de ce curé venu d'ailleurs. Il dégoise une sourate où il doit être question d'une rose trémière poussant sa tige sacrée dans les calcifs du prophète. Il y a là-dedans une douleur d'exil peu supportable. »

Il reste encore quelques vieux artisans dans le quartier, qui disparaissent peu à peu. Cela fait déjà quelques années que les Arabes ont repris les vieilles échoppes. Eux aussi laissent la place, aux Chinois cette fois. Une cohabitation à réétablir à chaque cycle, rien que de normal pour ce coin populaire.

Et puis, tous ces jeunes qui se mélangent et se mixent sans cesse, ça justifie le boulot des flics...

Cissou la Neige, mémoire de Belleville

« Cissou la Neige était un fantôme de la place des Fêtes. Pas même un rescapé, un fantôme. Pendant plus de trente ans, il avait été le bougnat (bistrot-charbonnier-quincailler-serrurier) d'un petit village rond, perché sur les toits de Paris. Puis les criminels de paix s'étaient abattus sur la place des Fêtes. Ce qu'ils avaient fait à ce village, des uniformes le faisaient un peu partout dans le monde. Bombardements ou préemptions, mitrailleuses ou marteaux-piqueurs, le résultat était le même : exode, suicides. "Criminels de paix" : Cissou ne les nommait jamais autrement. »

« Le pendu était tatoué de la base du cou à la plante des pieds. Un village rond autour de la taille où Joseph Silistri reconnut feu la place des Fêtes, le royaume de son enfance. Partant de la place des Fêtes, un réseau serré de rues anciennes parcourait le torse du pendu, son dos, ses bras, ses jambes, les rues traçaient leurs itinéraires entre une accumulation de maisons disparues. »

« On dirait que, dans cette nuit coupante, Belleville règle tous les comptes de son histoire avec la Loi. Les matraques pourfendent les impasses. Rades et fourgons jouent les vases communiquants. C'est la valse du dealer, c'est la course à l'arabe, c'est le grand méchoui de la flicaille à moustaches. »

Un coin attachant, le Belleville de Benjamin Malaussène et de sa tribu. Bien dans le style du petit peuple communard décrit par Jean-Pierre Chabrol dans Le Canon fraternité. La vie y est dure, mais pas question de se laisser faire !

Bibliographie

  • Au bonheur des ogres (1985).
  • La fée carabine (1987).
  • La petite marchande de prose (1989).
  • Monsieur Malaussène (1995).
  • Les fruits de la passion (1999).
  • Des chrétiens et des maures (1996), hommage à Jerome Charyn et son Isaac Sidel.

« Je fais un clin d'oeil discret à Julius le Chien, qui se lève pour sortir avec moi dans Belleville : notre bol d'air nocturne. »